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Les Disparus de Mapleton, Tom Perrotta

CpPqQPI_YCX68ukGq7mvR3QnQ2o«Que feriez-vous si certains de vos proches, de vos amis, de vos voisins, disparaissaient soudain en même temps, en une fraction de seconde ? Sans aucune explication? Pourriez-vous continuer à vivre comme si de rien n’était? C’est la question que se posent les habitants de Mapleton. Même s’ils n’ont pas été touchés directement, Kevin, le nouveau maire, sa femme Laurie et leurs deux enfants, Tom et Jill, se débattent pour retrouver un sens à leur vie. Laurie part rejoindre une secte de « pénitents », Tom un groupe d’illuminés hippies, et Jill, autrefois lycéenne modèle, se livre à tous les excès. Peut-on faire son deuil quand l’autre disparaît sans raison?»

J’ai lu pas mal d’avis négatifs sur ce livre. Et lorsque je l’ai refermé, j’ai très vite compris pourquoi. L’auteur ne donne aucune explication sur le Ravissement, ce phénomène qui a emporté des milliers de personnes. Rien. Nada. Nothing. Si vous cherchez de l’action, et surtout une réponse à ce mystère, lâchez l’affaire, et lisez autre chose. Parce que dans ce livre, il n’y aura pas d’extraterrestres qui veulent jouer avec votre cerveau, de soucoupes volantes ou de cercles dans les champs de maïs. Dans ce livre, il y a ceux qui restent, et qui tentent tant bien que mal de reprendre le cours de leur vie. Je conçois que tout ça a un petit côté frustrant, mais avec le recul, j’ai réalisé que ce livre était bien plus qu’un roman vaguement apparenté à la SF (je ne vois pas spécialement en quoi d’ailleurs).

Tom Perrotta a pris le parti de se concentrer sur les personnages et leur psychologie. Le livre traite principalement de la famille Garvey. Et quelle famille. Chacun de ses membres a eu sa propre réaction au Ravissement. Jill, l’adolescente de 16 ans, est celle qui m’a le plus touchée. Son comportement me rappelle énormément celui de Dana, dans Homeland. Toutes les deux doivent faire face aux conséquences des actes de l’un de leur parent (bon, ce ne sont pas du tout les mêmes actes, mais le principe est là), et ont des difficultés à vivre avec. Jill adopte le comportement destructeur par excellence: une copine toxique au plus haut point, un décrochage scolaire, une attitude déplorable et bien évidement, des fréquentations peu recommandables. La totale quoi. Et pourtant, on sent bien qu’elle essaye de cacher le vide qu’a laissé sa mère. Parlons-en, de maman Garvey. Laurie a rejoint un groupe d’illuminés en puissance, les Coupables Survivants. Un choix plutôt étonnant compte tenu du fait que sa famille a été épargnée par le Ravissement. Tu m’étonnes que Jill se sente abandonnée. Les CS ont des règles de vie assez strictes, et pour le moins étranges : s’habiller en blanc, faire vœux du silence (je ne tiendrais pas 30 secondes là-dedans, je vous le dis), et fumer des cigarettes. Oh et le harcèlement des citoyens de la ville est leur activité préférée. Weirdos? Probablement. En tous les cas, les CS, et Laurie donc, ont pour mission d’empêcher les autres de tourner la page. Heureusement, Laurie fait la connaissance de Meg, jeune recrue, et les deux vont se lier d’amitié. J’aime bien leur relation, parce qu’elle leur permet de garder un pied dans la réalité.

Quant aux hommes de la famille Garvey, là aussi, on en voit des belles! Kevin m’a un peu laissée de marbre. Peut-être parce que sa vie est la plus banale au final. Fraichement élu maire, il tente de maintenir une vie de famille comme il le peut. Kevin ramène un peu de normalité dans une famille brisée, et une ville terrorisée par ce 14 Octobre. Le genre héros de tous les jours. Tom, le fils aîné, a quitté l’université pour rejoindre une secte, dirigée par Saint Wayne. Sous l’emprise de son gourou, Tom pense qu’ils vont pouvoir sauver le monde. Jusqu’à ce que Saint Wayne se fasse arrêter. Tom se retrouve sur la route, avec l’une des multiples femmes de Wayne, et qui porte l’enfant-qui-sauvera-le-monde. Tom est complètement paumé. On voit bien qu’il a un cerveau, mais il se laisse porter par les autres, et enchaine les décisions pas toujours judicieuses.

La question du deuil est centrale. Comment continuer à vivre, lorsque les êtres chers ne sont plus là? Le pire pour eux, c’est de ne pas savoir. L’absence de réponse ou d’explication est une torture, et pour certains, comme Laurie, il est alors impossible d’aller de l’avant. Chacun réagit différemment aux pertes causées par le Ravissement. L’auteur aborde aussi les thèmes de la deuxième chance et de la rédemption. L’espoir renaît à la fin du livre, et ça fait quand même du bien. Tom Perrotta exploite aussi très bien le fanatisme religieux. Aujourd’hui plus vrai que jamais, ces sectes et autres groupes extrémistes profitent du chaos et de la terreur pour gagner en puissance. Saint Wayne est le parfait exemple du leader charismatique: un excellent orateur, avec une horde de gens prêts à le suivre n’importe où, un harem de femmes (mineures, bien sûr), et des arguments douteux. Flippant.

L’ambiance est lourde, et quelque fois un peu dépressive. Toute la difficulté de vivre dans un monde terne et morose nous prend aux tripes, et c’est dur de l’ignorer ou de ne pas se poser de questions. Comme je l’ai dit plus haut, il n’y a pas vraiment d’action, mais les différentes histoires personnelles sont toutes prenantes. Et finalement, c’est dur de lâcher ce bouquin.

Dernière remarque, je trouve le titre en VO bien plus parlant, et surtout plus approprié : The Leftovers. Non?

En résumé:

Des personnages forts, à la recherche d’eux-mêmes ou tout simplement de réponses, ont fait que j’ai beaucoup aimé cette lecture. Ces personnages ordinaires, ça aurait pu être vous comme moi. Bref, j’ai aimé ce livre.

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