Il faut qu’on parle de Kevin, Lionel Shriver

«La veille de ses seize ans, Kevin se livre à un massacre sanglant dans son lycée. Détruite par ce drame, Eva, sa mère, entame avec son époux une correspondance poignante pour comprendre cet enfant qui, depuis sa naissance, s’acharne à faire le mal. Des humiliations imposées à sa sœur aux cruautés infligées à ses camarades, elle retrace l’itinéraire meurtrier de son fils.» 

Bienvenue aux Etats Unis, où les tueries de masse perpétrées par des adolescents au lycée font la une des journaux du monde entier.

Ce livre ne nous laisse aucun espoir. Dès le début, on sait que Kevin a tué ses camarades de lycée, et qu’il est en prison. Sa mère, Eva, erre comme une âme en peine, elle tente de comprendre comment les choses ont pu aussi mal tourner. Elle est traitée comme une paria, on la fuit comme la peste. On suit l’histoire à travers les lettres qu’elle écrit à son mari, qui n’est plus là. Entre deux visites en prison, elle se remet en cause, se cherche une part de responsabilité en tant que mère d’un « monstre ».

L’auteur aborde deux sujets délicats. Le premier c’est la part du mal chez les enfants. Lionel Shriver nous montre qu’un adolescent est capable du pire, en toute connaissance de cause. Ça me rappelle le livre The Bad Seed, de William March, où une gamine de 8 ans décide de trucider son chien, son camarade de classe, son voisin, et j’en passe. Cette fillette fait froid dans le dos, et Kevin aussi. Je n’arrive pas à croire qu’un enfant/ado puisse faire des choses pareil. C’est typiquement le genre de situation qui me dépasse. Mais c’est vrai qu’aux États Unis, le laxisme en matière du port d’armes leur facilite grandement la tâche… 

Le deuxième sujet traite des difficultés d’une mère à aimer son enfant. On a tous tendance à penser que l’amour d’une mère est forcément inconditionnel, et bien Lionel Shriver nous prouve que non. Dès la naissance de Kevin, et même avant, sa mère ne l’aime pas. Elle s’en méfie, et entre eux, c’est constamment la guerre. Et c’est peut être de là que vient le coté killer de Kevin, parce que c’est vrai qu’il a manqué d’amour, au sens où sa mère est plutôt froide. Je dis ça mais je n’en sais rien en fait. Je pense bien qu’il a du se rendre compte dès son plus jeune âge qu’il y a de sérieux problèmes entre sa mère et lui, mais de là à aller massacrer les élèves de son lycée… C’est vrai que ce sont des sujets tabous. Les préjugés sur l’amour maternel soit disant inné sont toujours là, et c’est pour ça que certains lecteurs rejettent la faute sur Eva. Je me suis souvent demandée si les choses auraient été différentes si Eva et Kevin avaient eu une relation mère/fils normale.

Je n’ai toujours pas de réponse. Personnellement, j’en veux à Kevin, que je considère comme responsable. Kevin, c’est le mal incarné. Ce type est un pur psychopathe. Il ne possède pas une once de sympathie, d’empathie, de gentillesse ou de n’importe quelle émotion positive. Pour ce qui est de la haine, de la colère, là ça y va par contre. Si j’ai dit d’Eva qu’elle est plutôt froide, Kevin est carrément apathique. Là où sa mère tente de faire des efforts, lui est totalement fermé à la moindre tendresse, au moindre signe d’affection. Et même en prison, sa mère est la seule personne qui lui rend visite, et sa façon de la traiter est plus qu’injuste. J’ai beaucoup de peine pour elle. Les personnages secondaires sont surtout le père de Kevin, avec qui il entretient une bonne relation, et la petite sœur, adorable, évidemment.

Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler, mais la fin est monstrueuse, à l’image de Kevin. On apprend l’acte ultime de cruauté qu’il a commis, et personnellement, je l’ai détesté encore plus. Et pourtant, Eva réagit différemment : elle finit par avouer qu’elle aime son fils. Comme quoi, l’amour maternel se construit, s’apprend, se déforme…

Le style de l’auteur est percutant. On se prend toute cette haine, cette incompréhension dans la figure. Mais sans tomber dans le voyeurisme malsain pour autant.

En résumé :

Un roman noir, glauque, et violent, qui nous fait réfléchir sur plusieurs points. Je vous le recommande vivement mes petits kiwis, parce que les sujets sont traités avec une vraie justesse. L’adaptation cinématographique est magnifique, à voir pour le jeu des acteurs (Tilda Swinton), qui sont incroyables!

 
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23 Thoughts on “Il faut qu’on parle de Kevin, Lionel Shriver

  1. Un livre qui me tente depuis un moment, merci de me rafraichir la mémoire 🙂 !
    (Et ça prouve bien ce que je dis : les gens ils ne font rien que me tenteeeeer ^^ !)

  2. J’ai beaucoup entendu parler du film à sa sortie, à cause du sujet abordé, mais je n’ai pas osé le visionner. Peut-être qu’un de ces jours je me laisserai tenter par le livre…

  3. Et ben il a l’air vraiment poignant.
    C’est clair que ce n’est vraiment un sujet facile …

  4. Wouaw, ça a l’air intéressant, mais je ne pense pas que ce serait le genre de livre que je lirai avant d’aller dormir…
    Cela dit, ta chronique donne vraiment envie de se plonger dedans !

  5. J’avais vu la bande-annonce du film, sans oser aller le voir, mais du coup tu me donnes envie et de voir le film et de mettre mon nez dans le bouquin…

  6. Ce livre me tente beaucoup depuis un certain temps mais j’avais un peu abandonné l’idée après avoir lu Hate List. Cela dit, tu m’as redonné envie de le lire !

  7. Ce livre a l’air dur mais très intéressant… Je note !

  8. C’est un film qui me fait envie depuis longtemps mais avant j’aimerai découvrir le livre ^^

  9. J’étais allée voir le film au cinéma quand il est sorti, et j’ai par la suite acheté le livre, mais je n’ai pas réussi à accrocher, j’ai lu les premières pages, et j’ai laissé tomber. Néanmoins, ton avis me donne envie de retenter de le lire !

  10. L’acte ultime m’a complètement détruite et j’ai lu la fin du roman en zombie. Surtout quand il lui dit qu’il avait besoin de « spectateurs » awww 🙁

  11. j’ai lu le livre, il y a un bon moment… Et la cruauté et la construction de ce tueur m’a effrayé. Néanmoins, c’est un livre ou film (que j’ai vu il y a peu) qui sont important car cela casse certaines représentations et amalgames qui peuvent être fait entre violence, rang social, éducation…
    Certaines scènes du film sont très violentes mais il est très représentatifs du livre.

  12. Le livre me tente depuis un long moment, sans que j’ose franchir le pas. J’ai très peur que la noirceur du sujet ne me fasse complètement déprimer, et pourtant, que je lis ta chronique, j’ai encore plus envie de découvrir ce roman… Compliquée, moi? Noooon! 😉

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