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Sobibor, Jean Molla

«Dix-sept ans, un bel âge? Pour Emma, c’est tout le contraire: en quelques mois, elle perd sa grand-mère, quitte son amoureux, vole au supermarché. Elle maigrit beaucoup. Volontairement. Pourquoi? Elle-même ne le sait pas vraiment. Tout bascule le jour où elle découvre un vieux journal intime dont la lecture l’entraîne dans une douloureuse enquête sur le rôle de ses grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale…»
 
J’avais 13 ans quand j’ai lu ce livre pour la première fois. Ma prof de français a décidé un jour de nous lire le premier paragraphe. Je ne la remercierais jamais assez pour ça, ça a été une révélation! Je me rappelle avoir couru à la bibliothèque, et ô miracle, le livre m’attendait sur une étagère bien au chaud. C’est le livre que j’ai le plus emprunté pendant mon adolescence. C’est aussi ce qui a déclenché mon intérêt pour les livres sur la Seconde Guerre Mondiale. Comme quoi, il y a des cours (et surtout des profs) qui valent le coup qu’on s’y intéresse!
 
Emma a 17 ans, et elle est anorexique. C’est un sujet difficile à traiter, et qui me touche beaucoup alors j’ai toujours une appréhension quand je lis un livre sur l’anorexie. Jean Molla nous entraîne dans l’enfer d’Emma, avec les mots qu’il faut. Son mal être, sa douleur, le rejet de son propre corps. Tout commence avec la mort de sa Mamouchka, sa grand mère adorée, et avec la découverte d’un mystérieux journal tenu par un certain Jacques Desroches. Emma y découvre peu à peu un terrible secret qui pèse sur ses grands parents, mais qui va surtout être son fardeau. 
 
On suit alors Emma, qui se coupe peu à peu du monde, de la vie qu’elle menait. Plus de copain, plus de dialogue avec ses parents, plus rien. Elle tombe dans les affres de l’anorexie et se laisse mourir à petit feu. Les descriptions de son corps sont effroyables, et certains passages sont à la limite du soutenable. Emma est physiquement et psychologiquement détruite. Le lecteur souffre avec elle. L’histoire d’Emma nous prend aux tripes, j’ai eu plusieurs fois l’impression de me prendre des coups de poing (et pour en avoir reçu un en vrai une fois, ça fait super mal). Emma ne nous épargne rien, ses manières de tromper ses parents à table pendant les repas, la façon dont elle se goinfre pour aller vomir aux toilettes plus tard. On comprend alors qu’elle tente de contrôler la seule chose sur laquelle elle a encore de l’emprise : son corps. Elle prend soin d’effacer toute trace de féminité, dans le but de retrouver un corps d’enfant. C’est sa façon de retrouver l’innocence qu’elle a perdu en ouvrant ce carnet.
 
Emma lance des appels au secours tout le long du livre, et je n’ai pas eu l’impression que ses parents la comprenaient. Ça ne doit pas être évident pour des parents de voir leur enfant souffrir, mais son père est quand même médecin, il aurait pu intervenir. Sa mère peut se montrer exaspérante parfois. Mais tout même, on ressent leur détresse, leur impuissance et leur tristesse.
 
Ce sont les secrets, gardés par ses grands parents, qui la détruisent progressivement. Et quels secrets. Le fameux journal raconte l’histoire de Jacques Desroches, un français collaborateur, engagé dans l’armée allemande et affecté au camp de Sobibor, en Pologne. En lisant ce carnet, une part de moi a compris ce que pouvait ressentir Emma. Ce français qui adhère aux idées nazies, son souhait de voir les juifs disparaître, et surtout sa participation à leur extermination. Ça m’a dégoûtée, ça m’a fait froid dans le dos. J’ai eu envie de vomir. De là, comment comprendre qu’un homme ait pu participer à telles horreurs? Comment lui pardonner? Comment concevoir que, pendant que des millions de juifs se font assassiner, ses grands parents vivent heureux, amoureux, au sein même du camp? C’est juste impensable, pour Emma, comme pour nous. Et c’est qui ronge Emma, ce qui va la pousser dans ses retranchements les plus extrêmes.
 
En résumé :
 
Jean Molla trouve les mots justes pour nous parler de deux thèmes difficiles. Ce roman est le combat d’Emma contre l’anorexie. Emma, dont l’histoire est liée à un camp de concentration, Sobibor, à une femme, Eva, et à des secrets de famille. C’est un livre percutant, poignant. A lire absolument. 
 
Quel rapport entre les camps et l’anorexie ? Aucun, évidemment. Seulement, il arrive parfois que la petite histoire croise les chemins de la grande. Celle qui s’écrit, dit-on, avec un H majuscule.
 
 
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